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Le Sundgau est la région du sud Alsace qui a été abreuvé pendant des décennies au franc suisse. Les Sundgauviennes et les Sundgauviens sauront-ils s'ouvrir à d’autres horizons économiques ? En développant le tourisme par exemple. Un secteur où le Sundgau est bardé d'atouts, sans même en avoir conscience.
Le débat est ouvert et une nième étude sur le sujet a même été lancée par le Conseil Général à la demande du Conseiller Hartmann. Je dis nième, car d’autres études ont déjà été
réalisées avec le même résultat : rien.
Il faut reconnaître que de prime abord, le Sundgau est une région magnifique, tous ceux qui y habitent vous le confirmeront, mais
sur le plan touristique, disons qu’on en a vite fait le tour.
Le patrimoine touristique, au sens classique du terme, est quand même relativement limité, hélas ! En prenant en compte le Sundgau historique, la contrée du sud Alsace, l’inventaire du patrimoine
touristique est rapidement fait.
On remarquera un déséquilibre dans la répartition des lieux de culture. Toutes les salles de spectacles sont implantées le long du Rhin. Le Pays du Sundgau, qui produit d’ailleurs un spectacle
appelé Philomé ou l’Arbre de Vie, en est réduit à le présenter au Cosec d’Hirsingue puis à Mulhouse, faute d’une
salle dédiée à la culture. Une certaine frustration me gagne quand je pense que pendant des années, le Sundgau était l’une des régions les plus riches de France et que nous n’avons même pas une
salle de spectacle digne de ce nom.
Les routes sont pittoresques, certes, mais il faut de plus en plus de temps pour aller d’Altkirch à Mulhouse. A force de rétrécir les routes et de rajouter des feux, il faut maintenant 30 minutes
pour se rendre au centre-ville de Mulhouse. Il faut autant de temps pour aller de la gare de Mulhouse à celle d’Altkirch ou à celle de Saint-Louis. Seulement entre Mulhouse et Altkirch, il y a 17 km d’une gare à l’autre contre 29 km entre la
gare de Saint-Louis et celle de Mulhouse.
Si vous envisagez de vous rafraîchir en été, il faudra vous contenter des deux vieilles piscines de Tagolsheim et Ferrette et de la piscine d’été d’Altkirch. Inutile de rêver à un beau centre
nautique avec force toboggans, plongeoir et autres rivières à contre-courant. Heureusement, le centre nautique d’Habsheim est là pour amoindrir mon triste constat.
Côté hébergement, le nombre de lits marchands disponibles au sud de Mulhouse (donc sans Mulhouse) est inférieur à 3000. La région de Colmar et Munster en possède plus de 24 000 ! Il faut
malheureusement constater que les quelques hôtels en place n’arrivent pas à remplir leurs chambres toute l’année, faute d’une offre touristique attrayante.
Mais comment en est-on arrivé là ? A mon sens, le grand responsable est le franc suisse. Non pas que cette monnaie possède des vertus négatives, bien au contraire, mais le
Sundgau a connu une époque où le cours du franc suisse était supérieur au cours du franc français puisqu’il fallait plus de 4 francs français pour un franc suisse.
A cette époque, heureuse, diront certains, un jeune qui commençait sa vie professionnelle avec un CAP en Suisse gagnait autant qu’un cadre en France. Les restaurants étaient tous largement pourvus
d’une clientèle suisse et de travailleurs frontaliers payés en francs suisses. On n’était pas regardant sur le prix, qui avait tendance à grimper au fur et à mesure que l’on s’approchait de la
frontière suisse. Bien entendu, les commerces tiraient également leur épingle du jeu puisque toute la région était, n’ayons pas peur des mots : riche !
En avons-nous profité pour préparer des temps plus durs ? Pas du tout ! Telle la cigale, le Sundgau vivait tranquillement sans se soucier de préparer l’avenir. Pourquoi donc développer le
tourisme alors que tout va bien ? Pourquoi ouvrir le dimanche quand on gagne assez dans la semaine pour vivre et économiser ? Pourquoi parler l’allemand ou l’anglais ? Après tout, si
le français ne convient pas, qu’ils restent chez eux, il en reste bien assez qui se bouscule au portillon. Pourquoi bâtir une route qui passera à 200 m de chez moi, dont j’entendrais peut-être
le bruit des véhicules alors que je suis si bien aujourd'hui ?
La responsabilité de la situation est collective. Nos élus sont les représentants de ceux qui les élisent et mettent en oeuvre ce pour quoi ils ont été élus. Et tant que les choses
vont bien, pourquoi se remettre en question et penser à l’avenir ? On était bien comme ça, pourquoi en faire plus après tout ?
A l’heure où le franc suisse reste aligné sur le dollar qui n’en finit pas de dégringoler face à l’euro, la donne est nettement différente. En un peu plus d’un an, les travailleurs frontaliers qui
se rendent chaque jour en Suisse ont perdu un peu plus de 10% de leur salaire. Cela représente chaque mois une manne financière de 20 000 000 euros qui n’arrivent plus dans le Sundgau. Plus
de 240 000 000 euros par an qui manquent dans l’économie Sundgauvienne !
Et forcément, quand son salaire est amputé de 10%, les premiers postes qui trinquent sont les postes de loisirs. Moins de sorties, moins de restaurants, moins de cinéma, etc. Et comme les prix en
France, quoi qu’en disent les statistiques, ont sérieusement augmenté, il est plus avantageux pour un travailleur frontalier de faire ses courses en Suisse en payant en francs suisses. Les
commerçants commencent à remarquer que leurs clients dépensent moins, que la caisse en fin de journée est moins pleine tandis que les restaurateurs découvrent les soirées sans clients.
L’Allemagne, pourtant également dotée de l’euro, tire profit de la situation. Ses prix sont inférieurs aux nôtres d’environ 30 % sur la plupart des produits. Ses restaurants vous accueillent à
bras ouvert, avec des nappes en tissus, n’hésitent pas à vous faire un repas à 15 h, même quand le cuisinier est au repos et ont sérieusement remonté le niveau de qualité de leur nourriture.
Résultat, l’Allemagne attire de plus en plus les Suisses et même les Français. Il suffit de se rendre à Weil-am-Rhein ou à
Lörrach pour comprendre l’ampleur du phénomène.
Sundgauviennes et Sundgauviens, il est temps de nous réveiller ! Il faut trouver des alternatives au franc suisse, car l’euro n’est pas encore prêt de revenir au niveau du dollar.
Le tourisme et la culture sont des alternatives crédibles d’autant que Bâle revendique, avec raison, le statut de capitale de la
culture. Notre véritable richesse est là, dans le fait que nous habitons la seule région de France à pouvoir se targuer d’être le point de rencontre de trois pays et deux langues.
Les touristes pourront écouter l’allemand « hochdeutsch », le « schwizerdütsch » de Bâle et sa région, l’alsacien dans le Sundgau et s’amuseront d’entendre le français du Jura
Suisse ou du début de la Franche-Comté et celui avec l’accent alsacien du Sundgau. Notre richesse est là !
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