Lundi 26 mai 2008
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14:59
Ceux qui me connaissent le savent, j’ai été gendarme pendant une dizaine d’années. Je garde pour la Gendarmerie un petit coin de mon coeur, car j’y ai de merveilleux souvenirs et des amitiés
solides.
Je ne peux pas me taire face à un cas d’usage des armes qui soulève la polémique aujourd’hui et bien que cela n’a rien à voir avec le Sundgau, je profite de cette tribune pour dire ce que je
pense.
Quand on rentre en Gendarmerie, on nous apprend les cas d’usage des armes. Parmi eux, il en est un qui concerne les évasions. Quand un prisonnier essaye de s’évader, le gendarme a le pouvoir
d’ouvrir le feu si le prisonnier est poursuivi pour un crime.
A Draguignan, le gendarme qui a ouvert le feu était dans ce cas de figure. Le prisonnier, suspecté de crime (au sens de la classification des infractions), a tenté de s’évader. Le seul fait de la
hauteur du saut rend l’évasion imprévisible et exclut d’emblée une quelconque faute de surveillance du gendarme.
Qui aurait pu se douter que ce prisonnier allait sauter d’une hauteur pareille ? Pas plus que lui, je n’aurais pensé la chose possible… et le prisonnier ne devait certainement pas avoir le
comportement de quelqu’un de suicidaire. L’appréciation du gendarme était donc la bonne.
Si le prisonnier s’était échappé, il ne fait aucun doute que la hiérarchie de ce gendarme lui aurait fait passer un sale quart d’heure. Chemise blanche et rapport… (Les gendarmes
comprendront !)
Mais plus que tout, je voudrais m’étonner de la dérive de notre société. Que l’on cesse de pleurer au malheureux Papa de trois enfants injustement abattu par un vilain gendarme !
Car ce prisonnier a pris ses responsabilités : celle de braquer et d’enlever un chauffeur routier d’abord. Bel exemple pour un père de trois enfants.
Celle de sauter d’une hauteur pareille, les mains menottées, au risque de se briser la nuque, sans penser au fait que ses enfants pouvaient là aussi perdre leur père ou le retrouver en fauteuil
roulant…
Enfin, celle de s’enfuir en pleine connaissance des risques encourus.
Il y a mort d’homme, et chaque mort est une déchirure. Mais le bruit de cette déchirure ne doit pas couvrir la réalité des faits et les responsabilités de chacun. Ce père de trois enfants a pris la
responsabilité de braquer, de voler et de s’enfuir. Le bon comportement est de respecter son choix : il en est mort, s’est pénible et triste, mais c’est ainsi, il l’a choisi.
Quant au gendarme qui a ouvert le feu, il l’a fait dans le respect des règles d’ouverture du feu accordées à la gendarmerie. Il a dû prendre une décision difficile en raison du comportement de son
prisonnier. N’inversons pas les rôles. C’est lui désormais qui devra vivre avec une âme sur sa conscience. Et la moindre des choses c’est de lui dire qu’il a fait son boulot, et non de
l’accabler !
Par ces quelques mots, je tenais à marquer mon soutien à ce gendarme que l’on a jeté en prison comme un bandit. Cette seule nuit, et il en aura d’autres, est une insulte à toute la Gendarmerie
!
Gens d’armes, on garde le moral, et ce n’est pas quelques pseudo-bien-pensants à la grande bouche, qui vont obtenir gain de cause. Ce gars a fait son boulot un point c'est tout !